jeudi 28 octobre 2010

Panne d’inspiration chez Taddéï

Le mercredi 27 octobre 2010 l’émission culturelle quotidienne de France 3, « Ce soir (ou jamais !) » avait pour invités Ramzy, Stéphane Guillon, Eric-Emmanuel Schmitt, Houria Bouteldja, Mara Goyet et Guy Millière qui abordèrent dans la revue de presse « la torture en Irak, l’école face au communautarisme et Georges Frêche ». Un plateau représentatif de la certaine panne d’inspiration qui semble toucher Frédéric Taddéï dans le choix des invités…

De « ce soir (ou jamais !) »…



« Ce soir (ou jamais !) » a maintenant quatre ans. Présentée par Frédéric Taddéï, l’émission culturelle a connu un important succès sur le net comme le prouve les nombreux extraits repris par les internautes par le biais de sites de partages de vidéos comme Dailymotion et Youtube. Le secret de l’émission, à mon sens, tient en trois éléments :

1. Le choix des invités : une des grandes forces de l’émission qui lui a permis de se différencier des autres émissions de débat du même genre. On a pu y voir des invités habituellement peu présents (eux-mêmes ou leurs points de vue) dans les médias et qui ont pu apporter leur éclairage sur les thèmes abordés. Me viennent à l’esprit pèle-mèle : Jean Bricmont, Michel Collon, Alain Soral, Houria Bouteldja, Alain De Benoist, Marc-Edouard Nabe, Dieudonné, Noam Chomsky, Tristan-Edern Vaquette, Shlomo Sand, Paul Ariès, Anne-Marie Le Pourhiet, Slobodan Despot, Hamé, Paul Jorion, René Girard, Robert Baer, Alain Badiou, Tarik Ramadan, Paul-Marie Couteaux, Rony Brauman

2. Les thèmes abordés : reprenant ou non l’actualité de la semaine, permettent d’approfondir, de faire une pause sur un sujet particulier.

3. Le dispositif : il laisse la plus grande liberté aux intervenants. Le « présentateur » s’éfface et n’intervient pas comme cela se fait usuellement, pour donner son avis et une contradiction le plus souvent formatée dans le sens du « politiquement correct ». Les conditions sont ainsi réunies pour une contradiction libre et non faussée.

Ces trois éléments combinés font tout l’intérêt et la spécificité de l’émission et ont abouti à des débats souvent plus intéressants que la moyenne. Si l’on devait trouver un critère objectif pour justifier cette affirmation, on pourrait se fonder sur les extraits repris sur les sites de partages de vidéos ou de débat, et l’on verrait que l’on est pas obligé de se reposer sur la notoriété des invités ou sur des thèmes au rabais pour intéresser le public.

Or, suivant l’émission depuis le web où elle retrouve une seconde vie, je ne peux que constater un certain changement qui la rend moins intéressante qu’auparavant. De quel changement s’agit-il ? Le dispositif et les thèmes abordés n’étant pas vraiment mis en cause, c’est du côté du choix des invités qu’il se situe.


à « ce soir (comme tous les soirs chez Taddéï !) » ?

En effet, il me semble percevoir une certaine dérive dans le choix des invités qui dénote un manque d’inspiration de la part de Frédéric Taddéï. Cette dérive prend à mon sens les deux directions suivantes :

1. une plus grande place laissée aux personnes connues en général :
Ramzy, Guillon, Zemmour, Damien Saez, Eric Besson, Bernard-Henri Levy, Eric Woerth, Eva Joly, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon, Caroline Fourest, Elisabeth Levy, Jacques Attali, Alain Minc, Timsit, Didier Porte
Quand on invite un politique, en général, il faut contrebalancer en en invitant un d’un parti concurrent la fois prochaine, au final la part des politiques invités risque de devenir envahissante.
Ensuite, ce n’est pas parce que certaines personnes ne sont pas tant invitées que cela dans l’émission en question que cela prouve nécessairement une quête de « diversité » et de liberté d’expression, sinon la venue de Jacques Attali, d’Alain Minc, de Caroline Fourest, de Stéphane Guillon, d’Eric Zemmour pourrait être invoquée pour montrer qu’on invite pas toujours les mêmes.
Or, à l’évidence il faut également prendre en compte l’exposition médiatique dont bénéficient les invités, car sinon l’émission contribue à voir et entendre davantage ceux qui le sont déjà le plus, ce qui est pour le moins paradoxal pour une émission intitulée « ce soir (ou jamais !).

2. un jeu de rôle avec des monopoles :
Tout aussi embêtant, et peut-être davantage encore est de constater la formation de petits monopoles de l’invité « dissident ».
L’émission se sclérose quand on commence à attribuer des rôles aux uns et aux autres et qu’on donne l’impression qu’il n’y a qu’une forme de contradiction possible comme il n’y a qu’une façon d’être « dans le rang » du politiquement correct.
Ainsi,  c’est de moins en moins ce soir ou jamais que l’on voit Houria Bouteldja (qui aurait été invitée pas moins de 14 fois (maintenant 15) d’après le site Enquête & Débat) , Marc-Edouard Nabe ou Tarik Ramadan, et de plus en plus tous les soirs chez Taddéï.

Se reposer ainsi sur les mêmes pour apporter la contradiction nécessaire me semble tout à fait préjudiciable.


…Et pour certains « ni ce soir (ni jamais !) » ?

Car pourtant les personnes à inviter ne manquent pas… Dans son émission du 27 octobre 2010 où était entre autre abordée la torture en Irak on voyait ainsi une configuration peu inspirée et peu cohérente.
En effet, Stéphane Guillon, Houria Bouteldja et Ramzy, tous trois contre la guerre en Irak et critiques de l’occupation américaine faisaient face à Guy Millière, géopolitologue néo-con favorable à la guerre en Irak. Frédéric Taddéï a donc déniché une personne favorable à la guerre en Irak et qui tient encore cette opinion en 2010 devant les caméras de télévision, c’est intéressant à entendre, mais quel sens peu avoir une opposition entre des comiques et un géopoliticien sur un sujet qui relève de la géopolitique ? L’un va s’appuyer sur ses connaissances de spécialiste tandis que les autres se serviront de leurs impressions générales. Houria Bouteldja quant à elle s’opposa à Guy Millière mais comme dit auparavant, elle commence à avoir un abonnement chez Taddéï et n’est pas non plus géopoliticienne.
Bref, dans cette situation il aurait bien évidemment fallu que la contradiction puisse se déployer entre au moins deux spécialistes représentant chacun les deux principaux courants d’opinion sur la guerre en Irak. D’ailleurs, on constate qu’en général les géopoliticiens présents dans l’émission sont du même courant d’opinion, comme si les géopoliticiens ne pouvaient être que pour la guerre en Irak ou que contre la Russie et l’Iran : Alexandre Adler, Frédéric Encel, Bruno Tertrais, François Heisbourg, Guy Millière

Il est curieux tout de même de constater qu’Aymeric Chauprade n’a jamais participé à l’émission… Ce n’est certainement pas par manque de compétences, ni de publications. De plus il a également participé à des émissions de débats (sur la guerre en Irak justement) et historiques, donc il n’est pas inconnu. Et par opposition à ceux cités plus haut, il est, entre autre, critique des Etats-Unis.

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Sur d’autres sujets, je déplore également n’avoir jamais vu (ou pas assez) François Asselineau (alors même qu’il est plébiscité sur le forum de l’émission) pouvoir s’exprimer notamment sur la construction européenne, Pierre Hillard débattre de géopolitique et de think tanks, Hervé Juvin, Paul-Eric Blanrue, Roland Hureaux, Pierre Carles, Jacques Généreux, Jacques Sapir, Etienne Chouard, Jacques Cheminade, Annie Lacroix-Riz, Eric Laurent, David Mascré, Michèle Tribalat, Michel Drac, Alain Supiot, Jean Claude Michéa etc. etc.


Tout ceci n’est que la preuve que l’objet de l’émission de Taddéï n’a pas été épuisé et que de nombreuses personnes développant des idées intéressantes tout en étant peu représentées dans les médias peuvent apporter leur contradiction dans une émission qui est dédiée à cela, au moins en partie. 

Eurokritik

1 commentaire:

  1. En gros pour vous quand les invités vont dans le sens de votre pensée ils sont bien et l'émission est intéressante, quand c'est un peu l'inverse là ça va plus.

    Intéressant

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