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dimanche 24 juillet 2011

L'européisme économique face à la réalité




J-P Petit glisse ici quelques vérités : la zone euro (qui réunit des économies qui n'ont rien à voir ce qui a pour résultat fatal de les faire diverger d'avantage) est un pur échec. Les solutions européistes bien sûr consistent à continuer sur cette voie, accroitre le budget central, augmenter les transferts etc. avec les euro-technocrates aux commandes.  Ah mais pourquoi donc l'Europe réelle est-elle si éloignée des beaux schémas européistes ? Tout est à refaire ! Bref, les européistes sont simplement discrédités par les faits, ce sont des morts vivants, des zombis qui voient leur château de carte s'effondrer. 

Comme l'a très bien montré Roland Hureaux ( "Les hauteurs béantes de l'Europe") l'européisme n'est qu'une variante de totalitarisme, c'est une idéologie, un projet préconçu basé sur une idée simpliste (unifier les Etats est quoi qu'il arrive la solution) et qui tente de s'imposer contre une réalité par essence complexe ce qui aboutit à un clash et à une régression sociale assurée. En ce sens, l'européisme est la suite logique du nazisme et du communisme.
A cela il faut cependant ajouter qu'il s'agit non seulement d'une idéologie, mais également d'un projet de domination impérial, américain pour être plus précis (lisez Brzezinski). Ce point crucial (qui reste encore le plus occulté) a été exposé notamment par François Asselineau.

Pour finir, vous noterez dans la vidéo la présence du président de la fondation européiste Robert-Schuman; Robert Schuman, un mythe made by CIA.


Eurokritik


lundi 11 juillet 2011

La Grèce ou le théâtre d'ombres européen

Extraits de cet article de Roland Hureaux mis en ligne sur Marianne2.fr


L’aide apporte à la Grèce est certes conditionnée par des exigences chaque fois plus rigoureuses ; mais personne ne pense plus sérieusement que ces exigences, qui surpassent largement les capacités de l’économie et de la société grecque, seront  jamais satisfaites.
  
En fait, ces exigences servent surtout à sauver la face des principaux décideurs. (...)

Pourquoi cette comédie ? 

D’abord, parce que les dirigeants occidentaux peuvent légitimement craindre que l’effondrement de la Grèce (qui pèse tout de même plus que Lehman Brothers) ait  des conséquences incalculables et cela, bien au-delà de l’Europe. Cet effondrement peut relancer la crise mondiale, provoquer une  nouvelle panique boursière ou bancaire. (...)

En France et en Allemagne, la menace se trouve redoublée du fait de l’engagement des banques auprès de l’Etat grec. La faillite de la Grèce ne serait-elle pas aussi celle du Crédit agricole et de la BNP-Paribas ?  (...)

La crédibilité de la classe politique en cause

Mais par derrière ce qu’il faut bien appeler un acharnement thérapeutique, se trouve aussi le fait que la classe politique de toute  l’Europe occidentale a engagé sa crédibilité sur l’euro, comme la classe politique de l’Union soviétique sous Brejnev avait engagé sa crédibilité sur la théorie communiste. (...)

Je demandai  une fois à un proche de Sarkozy ce qu’il ferait si l’euro s’effondrait avant mai 2012. Il me  répondit  tout à trac : « Combien faut-il mettre au pot pour que l’euro tienne jusque là ! ». Etonnante réponse ! Il aurait pu  dire : le président est un leader de crise, il saura bien gérer ce genre de situation. Non : le scénario d’une élection présidentielle française après un éclatement de l’euro, pour un certain establishment, est inenvisageable. (;..)

Autre question : qu’est-ce donc qui peut mettre un terme à cette politique de sauvetage à la petite semaine  et donc  précipiter la fin de l’euro ? Une partie de la réponse réside dans le peuple grec : s’il se révolte de manière si violente  que les engagements de son gouvernement perdent toute crédibilité, peut-être la communauté internationale se rendra-t-elle à l’évidence ?
Une autre partie se trouve chez les juristes  allemands. Certes, la  classe politique allemande  est aussi mouillée dans l’euro que la française et, même si elle a l’air de se laisser tirer l’oreille, la chancelière Merkel boira, n’en doutons pas,  le calice jusqu’à la lie,  pour les mêmes raisons que son homologue français.   Une action a toutefois été engagée devant le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe par un groupe d’économistes et de juristes hostiles à l’euro.  Le même groupe avait  déjà fait admettre à la cour suprême allemande  que le droit européen n’était  pas opposable à un certain nombre de droits fondamentaux du peuple allemand (alors qu’en France, le Conseil constitutionnel a pris le parti  inverse : rien n’est opposable au droit  européen). Il essaye maintenant de faire reconnaître, au nom du droit de propriété et donc de la stabilité de la monnaie, que l’aide à la Grèce  et aux autres PIIGS est illégale : à la fois contraire au traité de Lisbonne et au droit de propriété, car inflationniste. Jacques Sapir a  montré comment le seul moyen de sauver  encore quelque temps l’euro était de monétiser la dette des pays  les plus vulnérables et donc de   lancer l’Europe dans une spirale inflationniste. C’est ce que les Allemands  dont nous parlions  voudraient  interdire. L’affaire a été plaidée le 4 juillet. Si elle aboutit, les mains  de la chancelière seront liées.
(...)

 

mardi 30 novembre 2010

L'Otan veut l'unité Europe-Amérique. Oui mais contre qui?

Le dernier sommet de l’OTAN, qui  a rassemblé il y a quelques jours les 28 pays membres à Lisbonne,   serait, dit-on, un des plus importants qui aient eu lieu. Afin de définir un nouveau « concept » justifiant l’existence de l’organisation, les alliés y ont passé en revue l’ensemble des menaces auxquelles elle devrait faire face dans l’avenir. Ces menaces balayent un spectre très large qui va de la guerre cybernétique au changement climatique en passant par le terrorisme, justification de la guerre en Afghanistan, et la menace de missiles nucléaires qui pourraient partir d’un Etat voyou. Il est un autre risque que l’on n’a pas avoué puisque, dans le cadre du partenariat stratégique, le président Medvedev avait été invité, mais que les Etats-Unis ne manquent pas d’agiter auprès de leurs alliés comme si le communisme ne s’était jamais effondré : la menace russe.  
(...) a été rendu officielle et approuvée par tous les membres la mise en place d’un bouclier anti-missiles stratégique, dont on sait combien il est mal ressenti par la Russie.

Un instrument de contrôle politique

(...) l’OTAN est aujourd’hui, moins une alliance militaire qu’un moyen de contrôle politique par les Etats-Unis de leurs « alliés».
(...)  les pays d’Europe occidentale ne consacreront bientôt qu’à peine plus de 1 % de leur PIB à la défense, pour 4,6 % aux  Etats-Unis - soit 43 % des dépenses militaires mondiales.
Les Etats-Unis ont beau se plaindre de l’effondrement progressif de l’autre pilier de l’Alliance sur lequel, au moins en théorie, ils aimeraient compter, ce fait est déjà pris en compte par leurs théoriciens : pour le néo conservateur Robert Kagan, ( La puissance et la faiblesse, 2003 ), il est acquis, que les Etats-Unis sont une puissance « martienne », vouée à la guerre et pleinement acteur de l’histoire contemporaine, tandis que les Européens ne sont plus que des « vénusiens », adonnés à l’amour et aux bons sentiments et oublieux du tragique de l'histoire, trop heureux d’abandonner le soin de leur défense à leur grand allié.
Et n’est-ce d’ailleurs pas ce qu’ils ont voulu ? Les folles spéculations de Z.Brzeszinski (Le grand échiquier, 1997) partent de l’idée que le seul moyen que l’Europe reste pour les Etats-Unis un allié sûr, qu’elle ne bascule pas dans un bloc eurasiatique hostile, était de la « castrer », d’anesthésier sa volonté, au travers d’un contrôle étroit de la politique des pays d’Europe occidentale (dont le dernier film de Polanski, The ghost-writer donne sans doute une idée) et d’organismes comme l’OTAN.
Que l’assujettissement entraine la baisse de l’effort de défense, c’est ce que le général de Gaulle avait prévu dans une incise, passée alors inaperçue, de sa célèbre conférence de presse du 23 février 1967 où il annonçait le retrait de la France de l’organisation intégrée de l’OTAN.
« La volonté qu’a la France de disposer d’elle-même, volonté sans laquelle elle cesserait bientôt de croire en son propre rôle et de pouvoir être utile aux autres, est incompatible avec une organisation de défense où elle se trouve subordonnée. »
Autrement dit, de Gaulle posait le théorème suivant, que la suite des événements devait valider : la propension d’un pays à payer pour sa défense – et donc à demeurer un allié sûr - est proportionnelle à son indépendance. Pas d’indépendance, pas de défense.  
On peut s’interroger sur les menaces passées en revue au sommet de Lisbonne, quant à leur réalité : Russie, terrorisme (sur lequel on peut en tous les cas dire qu’il ne se joue pas en Afghanistan), états-voyous, ou quant à leur caractère spécifique au bloc occidental : réchauffement climatique, qui, nous semble-t-il, serait plutôt du ressort de l’ONU.
 (...)
Roland Hureaux.

L'article complet sur Marianne2.fr

jeudi 4 novembre 2010

Union européenne : le coup d’Etat budgétaire, début de la fin ?

On a découvert le principal moteur de la « construction » européenne : l’illégitimité !



« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. »
Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du  26 août 1789, article 3.

Qui peut encore croire que ce principe contenu dans notre Constitution emporte encore une quelconque conséquence pratique sur la façon dont on nous gouverne ? Alors que « Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) ont adopté jeudi 28 octobre au soir un plan d'action sans précédent pour renforcer leur discipline budgétaire commune et jugé nécessaire la mise en place d'un fonds de soutien aux pays de la zone euro, ont indiqué des sources diplomatiques. » (1) et que « L'UE prépare une révision "limitée" du traité de Lisbonne » (2) sans aucune consultation populaire bien sûr, de plus en plus, le voile qui recouvre l’Europe se déchire pour laisser apparaître au grand jour le vide démocratique sur lequel elle entend se construire aujourd’hui.

Si à la fin de l’Ancien Régime l’absolutisme royal ne pouvait plus guère compter sur la légitimité « de droit divin » du Roi de France, l’Union européenne elle, bâtie par la classe politique européenne ne peut désormais plus faire illusion sur la légitimité démocratique dont elle se revendique. Qu'elle se prépare donc à quelques révolutions !

Pouvoir politique, légitimité et révolutions :

« On ne gouverne pas hors d’une forme ou d’une autre de consentement »
Les Hauteurs béantes de l’Europe, Roland Hureaux.

Historiquement, il faut constater que la question du consentement à l’impôt en particulier a largement été à l’origine des révolutions modernes. C’est vrai pour les révolutions anglaises : de la grande charte de 1215 octroyée par Jean sans Terre selon laquelle le roi ne pourra procéder à un « écuage en aide » qu’avec le consentement des représentants des contribuables à la révolution de 1688 et le Bill Of Rights qui consacrera le contrôle du Parlement sur les levées de fonds décidées par le Roi.
La révolution américaine : taxation sur le thé par la Grande-Bretagne sans consultation des colonies américaines : 4 juillet 1776 déclaration d’indépendance. Et la française de 1789 enfin : l’obstruction systématique des Parlements à la réforme fiscale de Louis XVI oblige celui-ci à convoquer les Etats-Généraux - ce qui n’avais pas été fait depuis 1614 – conduisant ainsi à la révolution de 1789 ; il sera ainsi proclamé dans la DDHC, article 14 que : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. »

Eu égard à cette constante de l’histoire, il faut se demander comment finira le coup d’Etat permanent qui semble être le modus operandi de nos élites au niveau européen.

Etat des lieux de l’Etat-unique européen : le coup d’Etat budgétaire, début de la fin ?

Depuis 2005 (référendum sur le TCE) comment s’est comportée l’Europe quand elle a été remise en cause (France, Pays-Bas, Irlande…) ? C’est simple, elle a continué et persévéré, mais en réalité il ne pouvait en être autrement étant donné la logique dans laquelle les élites européennes se sont enfermées. Le tour idéologique qu’a pris la construction européenne a bien été montré par Roland Hureaux dans son livre « Les Hauteurs Béantes de l’Europe ». « L’idéologie est, dit Jean Baechler « la volonté d’organiser la société à partir d’un principe unique » »…qu’est-ce que cette volonté de construire un Etat-unique européen sinon de l’idéologie ? Dans la préface à la seconde édition, Roland Hureaux met en garde : «  comment imaginer que l’institution européenne, si elle ne tient pas compte de la volonté populaire dans son fondement, en tienne compte dans ses décisions au jour le jour, sur tel ou tel sujet ? »

C’est à une fuite en avant perpétuelle à laquelle on assiste, François Asselineau faisant à bon droit référence au « stratagème des chaînes » de Sun Tzu :
« Lorsqu’un faible est au milieu des requins, tout porte à penser qu’il est une proie facile et sans marge de manœuvre. Mais, les requins étant des requins, si le stratège parvient – de manière invisible – à les engager dans des conflits entre eux, ils se polariseront suffisamment pour l’oublier et le laisser ainsi vivant et libre d’agir. Ce stratagème de l’imbroglio consiste à lier les oppositions entre elles dans un écheveau inextricable.
L’énergie de chacun se consomme dans les oppositions, préparations, mises en œuvre, vengeances… de sorte que le stratège, non concerné, en sorte indemne. (…) » (3)

Et effectivement, la construction européenne est sans cesse prise dans de nouveaux problèmes dont elle entends sortir qu’avec une concentration plus grande des pouvoirs.

Nouvelle avancée : les Etats devront désormais soumettre leurs budgets à une structure supranationale sans qu’à aucun moment on ait consulté les peuples  :
« Les ministres des Finances de l'Union européenne ont donné mardi leur accord pour que leurs projets de budgets nationaux soient examinés au niveau européen au printemps de chaque année à partir de 2011, avant qu'ils ne soient adoptés par leurs Parlements. On peut se poser la question de savoir si les Parlements nationaux conservent leur utilité. Une fois qu'un projet de budget aura reçu l'aval de Bruxelles,  l'ardeur modificatrice des pauvres députés de la région France sera bien refroidie. » (4)

Une logique qui demande à être arrêtée  

On assiste en fait - comme cela avait été prédit par les observateurs avisés – à la constitution d’un véritable Etat unique européen. Et il serait bon de prendre la mesure de ce que cela signifie, on sait déjà qu’une grande majorité des textes votés dans le Parlement sont d’origine communautaire (réglements, directives), que la jurisprudence de la cour de justice de l’union tout comme le droit de l’union priment sur les normes internes. Les institutions européennes ont leur Parlement, leur exécutif, les Etats surendétés cherchent à présent à faire des économies drastiques, quite à liquider des pans de leurs pouvoirs régaliens, par exemple avec la diplomatie, pour économiser quelques millions -alors que la dette se chiffre en milliards - pour faire la place au nouveau service diplomatique européen avec à a sa tête la britannique et atlantiste Catherine Ashton. Pas étonnant alors d’entendre David Pujadas poser la question : «  la diplomatie française vit-elle au dessus de ses moyens ? ».

L’exemple de la décentralisation peut à ce sujet servir de modèle : en décentralisant nombre de compétences de l’Etat on a bien souvent créé de nouveaux problèmes puisque l’Etat central dans le même temps n’avait pas abandonné les siennes. Aujourd’hui, on entreprend de « rationnaliser » l’ensemble, c’est notamment la « RGPP », la révision générale des politiques publiques qui profite de l’aggravation des finances publiques pour lancer une cure d’austérité (qui n’est cependant pas passée par la finance).
Ce schéma s’applique tout à fait à l’empilement structurel qu’a causé la construction européenne : avec des parlements et gouvernements nationaux ayant perdu l’essentiel de leur raison d’être, l’Etat unique européen préfère nouer ses relations directes avec les régions. Il faut s'attendre à ce qu'un jour on considère ce cadre national et ses institutions trop encombrant ! A noter que cette dérive fédéraliste est plus nette encore qu’en ce qui concerne les Etats-Unis, eu égard aux domaines toujours plus important des compétences accaparées par l’Union.

A quand le dépôt de bilan ?

Aujourd’hui, il faut faire le bilan car on est bien loin de la croissance promise ou du cadre révé pour affronter les défis de la mondialisation. La « stratégie de Lisbonne », axe majeur de politique économique et de développement de l'Union européenne entre 2000 et 2010, décidé au Conseil européen de Lisbonne de mars 2000 par les quinze États membres d'alors voulait faire de l’UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».
Il serait bon aujourd’hui de tirer les leçon de cet échec (crise financière permise par la libéralisation de la circulation des capitaux, plan d’austérité continental, vérouillage technocratique…) et certainement pas à la façon de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel !

L’Union européenne, de plus en plus, carbure à l’illégitimité, elle enfle telle une bulle qui menace d’exploser à tout instant, n’ayant plus le fondement démocratique nécessaire à son développement.

P.S : Signe du sérieux de la situation un économiste comme Jacques Sapir appelle désormais à la constitution de « Comités d’Action et de Résistance » et à la mise en œuvre de l’article 16 de la Constitution « pour rétablir la Démocratie et par là la souveraineté du peuple ». (5)




Eurokritik

mercredi 22 septembre 2010

La France est à vendre !

"La France en faillite argentine en 2010 ?"

Sources : 


Pour se conformer aux exigences de la Banque centrale, du Pacte de Stabilité et du droit européen de la concurrence, les gouvernements successifs ont littéralement bradé le patrimoine public français, en moyenne à la moitié de sa valeur. Selon la quatrième de couverture de "La grande braderie du patrimoine public des Français", il aura fallu à Jean Roux 4.000 heures de travail pour regrouper, sur cinq ans, 20.000 articles de presse et publications économiques et financières... Ce livre, à partir de faits avérés et publiés, est le premier à mettre en perspective et à décrire la gigantesque « Opération Publique d'Achat » sur le patrimoine public des Français, et ce, au profit des grandes sociétés multinationales et des fonds de pensions américains.
En 2006, la dépossession porte sur plus de 500 milliards d'euros d'actifs : grandes sociétés nationales, transports aériens et ferroviaires, aéroports et réseaux autoroutiers, bâtiments publics, foncier domanial, patrimoine historique et artistique, musées nationaux, industries de la Défense, stock d'or de la Banque de France...
La privatisation sournoise du système public de protection sociale et de retraites, l'abandon à la spéculation anarchique du domaine public et du littoral, la privatisation rampante de l'eau, de l'image, de l'espace... sont également étudiés, ainsi que les techniques financières de dépossession et les montages sophistiqués sur fond de laxisme et de démission. L'auteur estime utile le rôle des syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD, CGC, etc.) pour la défense du service public et de l'emploi et contre les délocalisations et la désindustrialisation imposées par Bruxelles.
Après avoir décrit l'évolution des paramètres clés, qui, en dix ans (1989-1999), ont conduit l'Argentine à la cessation de paiement, l'auteur étudie l'évolution de ces mêmes paramètres pour la France et annonce le risque d'une faillite en chaîne des budgets publics à l'horizon 2010 : État, caisses de protection sociale et de retraites, collectivités locales !
En vingt ans – la double décennie PS/UMP – la dette de l'État français aura augmenté de 1 000 milliards d'euros (période 1986-2007, prévision). Le cumul des braderies en cours et de l'augmentation de la dette de l'État représente le chiffre effarant de 1 500 milliards d'euros dilapidés... de quoi offrir au peuple français un patrimoine équivalent à 10 millions de logements neufs, de 150 000 euros chacun (1 million de francs).
La France n'est pas le seul pays européen concerné. Mais la richesse historique considérable de son patrimoine et ses atouts économiques, géographiques, culturels, donnent à ce gâchis sans précédent dans son histoire une dimension toute particulière... existentielle.
À la vitesse de 1 milliard d'euros par semaine pour le budget de l'État, cumulé avec 1 milliard d'euros de déficit par mois pour les budgets sociaux, le peuple français, désinformé et inconscient, marche vers « la finale argentine », autrement dit vers l'abîme.


Ce que nous rapporte Jean Roux est si effarant qu’on a peine le croire. Les privatisations opérées en France depuis 1987 auraient  été faites, en moyenne  à la moitié de la valeur des entreprises: la plus grande spoliation du patrimoine public depuis la vente des biens nationaux. Elles ont rapporté  de 1984 à 2002 au total 90  milliards € à l’Etat ; elles auraient dû lui  en rapporter deux fois plus.
Tout cela est énorme. Que faut-il en penser ?  Jean Roux est un  homme sérieux : commissaire aux comptes, financier international et historien, lauréat du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables, il a  dépouillé pendant cinq ans toutes les informations et commentaires de  la presse économique  et les rapports officiels sur les privatisations. Ses sources sont donc publiques. Il  n’a pas de préjugés politiques apparent et en tous les cas ne remet jamais en cause les privatisations dans leur principe. C’est un homme simplement soucieux de la gestion du patrimoine public, de notre patrimoine.
On est d’ailleurs loin en la matière d’un clivage gauche droite : la gauche entre 1997 et 2002  ( gouvernement Jospin) a privatisé davantage ( 50 milliards d’€)  en cinq ans que  les trois gouvernements de droite  qui l’avaient précédée en dix ans ( 40 milliards € ), et dans des conditions généralement plus douteuses.
En 1980, le secteur productif public représentait 1 088 000 salariés ;  en 1984, soit après la grande vague des nationalisations Mitterrand, il passe à 1 762 000 salariés ( 16 % du secteur productif, 17 % du CA,  40 % des immobilisations). Après ce  pic historique  vient la décrue : il  ne représente plus que  1 132 000 salariés en 2003, moins encore aujourd’hui.   Il  est passé de 10,5 % de  l ‘emploi productif en 1984, à   5, 3 % en 2000.
L’estimation d’un rabais global de 50 % est une moyenne entre des opérations relativement convenables et des cessions d’actifs publics particulièrement scabreuses. Parmi celles-ci ,  on citera le cas du   BRGM  qui vend en 1993   pour 788 millions de F un patrimoine minier estimé ultérieurement  à 12 milliards de F  ou encore celui de  la SFP cédée pour 4,5 milliards € en 2001 , un montant que la profession cinématographique française dans sa totalité qualifia de scandaleuse, une opération intervenue après que l’Etat,  obligeant  les chaînes de télévision à acheter les programmes hors du secteur public, lui eut coupé les ailes. Comment ne pas évoquer aussi  la cession en 2001 des Autoroutes du Sud de la France qui permettent à l’acheteur final de réaliser en 2005, et cela sans le moindre risque, une marge brute d’exploitation de 65 % ! L’Aérospatiale elle-même a été cédée à un prix que l’on   estime généralement très sous-évalué.
Aux privatisations d’entreprises proprement dites, s’ajoutent  la cession du patrimoine immobilier de l’Etat ou des entreprises publiques, souvent en « bloc » , c'est-à-dire avec des rabais de 50 % :  appartements ou bureaux  de la Banque de France, de la SNCF , d’EDF, du Crédit lyonnais ou encore la cession d’une partie du stock d’or de la banque de France ,  « fausse bonne idée de Nicolas Sarkozy  » ( La Tribune 18 /11/04) , à un moment où   tout laisse supposer que l’or est durablement à la hausse
A cela s’ajoutent différentes techniques dont l’effet est aussi la réduction du patrimoine public : externalisation ( on en a vu les effets fâcheux  dans l’affaire du Clémenceau) , titrisation etc.  
Au chapitre  de la gabegie de l’Etat et de la légèreté de sa gestion au cours des dernières années, Jean Roux décrit aussi   les effets dévastateurs de l’affaire du Crédit lyonnais ( 1 milliard € au moins pour la seule affaire Executive Life : on dira à juste titre que ces erreurs là sont l’effet de la nationalisation, mais cela ne justifie pas que l’on privatise n’importe comment ),  la légèreté de la gestion de France-Télécom , qui a fait cadeau de 11 milliards  € à sa filiale allemande Mobicom ( dont 8 milliards sont revenus à  l’Etat allemand par le biais de la vente d’une licence  finalement inutile !).
Malgré les recettes des privatisations, les années 1980, 1990 et 2000 voient l’endettement public français croître de manière considérable. La dette publique était en 1969 de 15 milliards € , soit 14 % du PIB, en 1981 de 75 milliards (20 % du PIB ),  en 1986 de 180 milliards  (30 % du PIB ) , fin 2003 de  1000 milliards €  (60 %du PIB ) , début 2006 de 1120 milliards €  (66, 4 %du PIB) , soit 18000 € par habitant et bien davantage par famille, dont  plus de 50 % sont détenus par des institutions étrangères. Et rien ne laisse à ce jour prévoir que la dérive de la dépense publique  ( 5 milliards € par mois de déficit ) puisse être enrayée.
Non seulement l’Etat s’est appauvri  ( 807 milliards d’actifs en 1980, 290 milliards en 2002 selon le rapport Pébereau ) sans que cela ait un véritable impact sur les finances publiques  mais la politique menée a largement favorisé la mainmise de capitaux étrangers sur  l’ économie  française. On connaît la malheureuse prise de contrôle de Péchiney  par Alcan, prélude à son démantèlement : il a été donné à l’auteur de cet article d’assister au spectacle obscène de la remise, sous les applaudissements  de la fine fleur  de la finance française, du « prix de la meilleure fusion-acquisition de l’année » au PDG d’Alcan. Mais qui sait  que la politique fiscale a pour effet de favoriser   cette prise de contrôle ?  Un décret de 1993 pris par Nicolas Sarkozy,  ministre du budget, exonère de tout impôt  les dividendes versés à des fonds de pension étrangers  tout en leur maintenant l’ avoir fiscal  ( dispositif auquel un accord franco-britannique ajoute des avantages supplémentaires). Selon une estimation du Conseil national des impôts, là où le dividende versé est de 100, l’investisseur national reçoit 54, le fonds de pension 100 et s’il est anglais, 145 !
Mais de quoi faut-il encore s’étonner quand on voit  fin 2005  le gouvernement français  appuyer une action d’une mystérieuse société basée à Jersey  contre Etamet dont  le    principal actionnaire est l’Etat français, cette action conduisant à déposséder cette dernière au bénéfice de la  société étrangère d’un des  principaux gisements de nickel de Nouvelle Calédonie ! Ceux qui agissent ainsi  ne commettent pas seulement un crime vis-à-vis des intérêts français, ils ridiculisent notre pays face à la  communauté financière internationale !   
Les intérêts étrangers qui profitent des privatisations au rabais sont souvent des fonds de pension américains ( propriétaires par exemple  de 43 % d’EADS ) . Autrement dit , alors que  l’avenir des retraites n’est pas assuré en France, l’Etat français  subventionne  les retraités américains !  Cela n’est d’ailleurs pas propre à la France  : ce qui se passe dans notre pays s’inscrit dans une politique de prédation de dimension mondiale.
On sait comment la Commission européenne a systématiquement encouragé la politique de privatisation,  notamment en permettant cette aberration comptable :  prendre en compte les recettes de privatisations dans le budget  de fonctionnement de l’Etat, ce qui permet  une  réduction optique du déficit .
On sait moins comment, malgré le coup de semonce du 29 mai 2005, cette politique s’est aggravée, en particulier par la cession de ce qui restait d’ autoroutes publiques à vil prix. Le projet en cours de discussion de cession de GDF à Suez va dans le même sens. Les sociétés qui ne sont pas encore privatisées, les grands services publics comme EDF, GDF, SNCF, La Poste , sont en réalité les proies les plus juteuses   : jouissant d’un monopole durable , ils présentent une sécurité pour l’investisseur bien plus grande que les actifs proprement industriels, surtout s’ils sont acquis au rabais.
Ce panorama affligeant nous interdit désormais de considérer de haut des pays comme la Russie ou certains pays d’Amérique latine  où les privatisations ont été l’occasion d’un pillage généralisé du patrimoine public,  générant des fortunes aussi rapides qu’illégitimes : il n’est pas certain qu’en définitive,  nous ayons fait beaucoup mieux. Il est décidément bien difficile dans un pays comme la France de trouver les marques du vrai libéralisme  responsable, respectueux des deniers publics et par là distinct  de la recherche effrénée du profit , de la pure et simple corruption ( que l’on devine dans la pénombre des pratiques que dénonce Jean Roux ) et de l’irresponsabilité technocratique.
L’auteur  prédit à  la France une faillite à la mode argentine  pour les toutes prochaines années : cette prédiction est à prendre au sérieux. On lui reprochera en revanche d’entretenir quelques illusions sur les syndicats, seuls défenseurs à son gré du patrimoine public :   il semble ignorer que ceux-ci,    trop souvent serrés de près par les procédures judiciaires,  n’opèrent qu’une mobilisation de façade contre les pratiques qu’il dénonce : leur discrétion dans l’affaire Suez-GDF est stupéfiante. De même Jean Roux apparaît bien naïf quand il s’imagine que les élus locaux sont plus vertueux que les politiques nationaux ! Sur le plan formel,   on lui reprochera seulement  d’avoir exagérément élargi son sujet ( prédation de l’environnement, gaspillages sociaux,  exode des œuvres d’art etc.), ce qui peut affaiblir  la crédibilité de son ouvrage qui demeure néanmoins une mine de renseignements.
Voilà au total un travail sérieux et  courageux : sa large diffusion est souhaitable : que ces faits scabreux soient connus nous paraît  le préalable au redressement  des moeurs qui seul peut sauver notre pays du désastre  annoncé.  

Jean Roux, La grande braderie du patrimoine public des Français  - Une OPA géante sur la France , François-Xavier de Guibert , 2006, 327 pages

En complément sur le sujet


Source.