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mardi 30 août 2011

Angela Merkel n’est plus soutenue par sa propre coalition, l’hystérie gagne l’Allemagne

La Chancelière allemande, Angela Merkel, ne dispose plus d’assez de soutiens au sein de sa coalition pour permettre le vote du nouveau plan de sauvetage européen. Le risque d’une crise constitutionnelle se fait jour en Allemagne, et avec lui, une menace de taille pour l’Europe.


Le mécontentement gronde en Allemagne à propos de la crise de la dette de l’Europe alors que le Bundestag doit examiner si le Fond Européen de Stabilité Monétaire (FESM) respecte la souveraineté fiscale de l’Allemagne. « L’Allemagne est en proie à l’hystérie », affirme Klaus Regling, le Directeur du FESM.
Les media ont rapporté que lors du dernier vote au Bundestag, 23 membres de la coalition de la Chancelière, dont 12 des 44 membres du CSU bavarois, ont voté contre le plan de sauvetage. Merkel est désormais obligée de compter sur les votes positifs de l’opposition, et son gouvernement est plus fragile que jamais.
Christian Wulff, le Président allemand, a stupéfait le pays la semaine dernière en accusant la Banque Centrale Européenne d’ « aller bien au delà de son mandat » avec des achats massifs d’obligations espagnoles et italiennes, et mettant en garde contre les mesures en faveur de l’union fiscale, qui sont autant de menaces pour le cœur de la démocratie allemande.
Un document du CSU publié par Der Spiegel rejette le dernier accord conclu entre la Chancelière et le Président français Nicolas Sarkozy, affirmant que les projets pour « un gouvernement économique des pays de la zone euro » sont inacceptables.
Il exige des changements dans le traité pour autoriser la défaillance des pays de l’union monétaire, et leur éviction lorsque des abus sérieux ont été constatés.
« La réunion et la mutualisation illimitée des dettes quelque soit leur durée impliqueraient le partage de la gouvernance financière et changerait définitivement le caractère de la confédération des Etats européens », peut-on y lire.

Source : express.be

mardi 16 août 2011

Angela Merkel confrontée à une mutinerie anti-eurobond

Traduction d'un article d'Ambrose Evans-Pritchard dans le Telegraph  (15/08/11) :

Les partenaires de coalition de la chancelière Angela Merkel menacent de quitter le gouvernement si elle accepte les eurobonds ou toute autre forme d’union fiscale pour soutenir l’Europe du sud.
La révolte rampante dans le Bundestag fait qu’il est quasi-impossible pour Mme Merkel d’offrir de réelles concessions au sommet de crise de mardi avec Nicolas Sarkozy.
« Le groupe FDP ne votera pas pour les eurobonds. Chacun doit comprendre qu’il n’y a pas de majorité viable pour cela » dit Frank Schäffler, porte parole du FDP.
(…)
Alexander Dobrindt, secrétaire général des chrétiens sociaux bavarois (CSU), allié clé de Merkel dit que son parti a énoncé un « non très clair aux eurobonds ».
Merkel fait également face aux protestations au sein de son propre parti des chrétiens démocrates (CDU), bien que les élites politiques du parti est prêt à considérer des eurobonds partiels jusqu’aux limites de Maastricht de 60% du PIB mais seulement sous de rigoureuses conditions.
Il est évident que le public allemand n’est pas d’humeur pour de telles formules. Un sondage YouGov montre que  
59% des allemands sont opposés à tout renflouement supplémentaire. 
La majorité veut voir la Grèce sortir de l’euro 
et 44% veut un retrait allemand de l’union monétaire européenne.

« Etant donné l’euroscepicisme croissant dans la population, il est politiquement trop dangereux de jouer avec le sujet explosif des eurobonds » dit Hamburer Abendblatt.
Otmar Issing, l’ex chef économiste de la BCE a dit à la télévision allemande qu’un pas vers les eurobonds appauvrirait l’Allemagne et destabiliserait le Bundestag. « Ce serait catastrophique, je ne comprend pas comment un politicien allemand peut accepter cela ».

La cour constitutionnelle allemande a encore à se prononcer sur la légalité des mécanismes de renflouement de la zone euro et prêtera attention à ses avertissements que la politique de l’UE dérive vers la concentration des pouvoirs budgetaires dans les mains des autorités de l’Union européenne en dehors d’un contrôle démocratique.
Professeur Wilhelm Hankel de l’université de Frankfort dit que l’eurobond est un camouflage pour une union fiscale. « C’est interdit par le droit européen et la constitution allemande. Chacun dans le parlement réalise que nous sommes proches du rubicon et que s’ils acceptent les eurobonds ils ne pourront pas stopper la marche vers une union de transferts ».
(…)
La situation évolue à vitesse éclair, les marchés craignent que le fond de soutien de 440 milliards est trop faible pour supporter la double contrainte de l’Italie et de l’Espagne. La crise a à présent escaladé à un nouveau et dangereux niveau alors que les inquiétudes au sujet d’une récession globale ont mit le projecteur sur la dynamique de la dette française. Les coûts du FESF pourraît faire perdre au pays sa note AAA.
(…)


« La croissance allemande connaît un brutal coup de frein »

Extraits d'un article de lacroix.com :

(...) la croissance allemande a connu au deuxième trimestre un coup de frein bien plus brutal que prévu.
Ce coup de mou printanier pourrait servir ceux, encore majoritaires en Allemagne, qui refusent de lancer des obligations européennes synonymes de taux d'intérêt plus doux pour les pays en crise, mais plus salés pour Berlin.
Le produit intérieur brut allemand (PIB) n'a augmenté que de 0,1% au deuxième trimestre par rapport au premier (…) L'Allemagne a fait à peine mieux que la France  (…)
(…)
Chose inhabituelle pour un pays champion des exportations, le commerce extérieur a apporté une contribution négative au PIB allemand au printemps, c'est-à-dire que les importations ont dépassé les exportations.
(…)

Source : Lacroix.com



jeudi 21 octobre 2010

L'Allemagne exporte mais se désindustrialise

Selon l'économiste Jacques Sapir, en misant sur ses exportations, l'Allemagne se trouve aujourd'hui confrontée à la concurrence chinoise au point de se rabattre sur ses petits voisins européens. Une stratégie infernale. 

Le problème de la stratégie allemande au sein de l’Union Européenne est aujourd’hui posé. Cette stratégie  est aujourd’hui en train de déséquilibrer durablement les pays du « cœur historique » de l’Union et correspond à l’application d’une véritable stratégie d’exploitation de ses voisins (appelée en langage économique « stratégie du passager clandestin »). Ce pays a tout misé sur sa capacité à exporter, un choix dangereux qui désormais le met à la merci des fluctuations de l’économie mondiale. Aujourd’hui déficitaire vis-à-vis de la Chine, l’Allemagne est obligée de se concentrer sur l’Union européenne (voir Annexe) car sa balance commerciale avec les pays émergents est en train d’être déficitaire.

L’écart de compétitivité que l’Allemagne a construit avec ses partenaires n’est pas principalement lié à la capacité de ce pays d’avoir un taux d’inflation faible. Si depuis 2001, l’indice de compétitivité calculé par  rapport aux prix à la consommation (CPI) montre un avantage de l’Allemagne, ce dernier n’est pas significatif avec des pays comme la France, l’Autriche, la Belgique ou l’Italie par rapport auxquels elle accumule les  excédents (70,8 milliards d’Euros en 2009 pour un total de 115 milliards pour l’ensemble de l’UE).
L’adoption d’un  indicateur de compétitivité basé  sur  le déflateur du PIB nous  fournit une autre image.


Les  écarts  de  compétitivité  apparaissent  ici  nettement  plus  importants.  L’indice  de compétitivité construit sur  le déflateur du PIB permet par ailleurs d’introduire  les coûts de productions pris dans le sens le plus large.
De ce point de vue, cet indice de compétitivité est déjà bien plus réaliste. Cependant, il peut laisser à penser que c’est grâce à des gains de productivité particulièrement importants en Allemagne que c’est construit l’avantage compétitif.
Or, une étude de la fondation Robert Schuman tend à montrer que le niveau de productivité de l’Allemagne  n’est  pas  extraordinaire  par  rapport  à  la moyenne  de  l’UE. En  fait  des  pays comme la France, l’Autriche et l’Irlande obtiennent des résultats meilleurs. La prise en compte de la productivité globale (PIB que divise la population active) a tendance à  favoriser  les  pays  qui  ont  un  secteur  financier  très  développé. Mais,  si  cela  permet d’expliquer les excellents résultats de l’Irlande, du Luxembourg et des Etats-Unis, on est dans
le cas d’une comparaison entre la France et l’Allemagne avec une structure de la production qui est à peu de choses près équivalente. Les résultats sont donc comparables.


L’analyse du Graphique 4  indique un décalage de près de 15% entre  le coût du  travail réel entre l’Allemagne et la France, alors que le la hausse des prix ne peut expliquer qu’environ 5% en termes de décalage avec l’Allemagne.
Ceci reflète l’effet de la politique fiscale allemande qui, en 2002, a décidé de transférer massivement  les  charges  patronales  sur  la  fiscalité  pesant  sur  les  salariés  et  la population. À  travers  l’application  de  cette  «  TVA  sociale  »,  l’Allemagne  a  réalisé l’équivalent d’une dévaluation de 10% au sein de la zone Euro qui avait été conçue pour éviter en principe ce type de stratégie. Il faut noter que cette politique allemande de compression des coûts unitaires du travail n’a été possible que parce que les autres pays n’appliquaient pas une politique similaire. L’Allemagne n’a pu se permettre une telle politique que dans la mesure où ses voisins faisaient l’opposée. Si tout le monde avait pratiqué la même politique de contraction du coût réel du travail, l’Europe aurait été plongée dès 2003 dans une terrible dépression. Le gouvernement allemand doit donc être mis devant ses responsabilités. C’est lui qui a pratiqué une politique de « Passager Clandestin» et qui a rompu le pacte Européen le premier.
Le  tableau de  la balance commerciale de  l’Allemagne vis-à-vis de  l’UE qui est présenté en annexe le confirme. Trois choses sautent aux yeux à la lecture de ce tableau. Tout d’abord, l’excédent commercial réalisé  sur  les  6  premiers  pays  européens  (France,  Royaume-Uni,  Autriche,  Belgique, Espagne,  Italie) est considérable.  Il  représente environ 103 milliards d’Euros,  sur un  total d’environ  116 milliards.  Si  l’on  ne  considère  que  la  France,  l’Espagne  et  l’Italie,  nous obtenons déjà près de 51 milliards d’Euros d’excédents. Ensuite,  il  faut  y  ajouter  la  faiblesse  relative  de  l’excédent  sur  les  Etats-Unis. Avec  18 milliards  d’Euros,  nous  sommes  à  un montant  inférieur  non  seulement  à  la  France  (27 milliards) mais aussi au Royaume-Uni et même à l’Autriche. Ceci indique bien à  quel point les excédents allemands sont régionalement concentrés. Ils sont réalisés pour les trois-quarts sur les pays de l’Union européenne. Enfin, et ce point est aussi important que les deux autres, on s’aperçoit que l’Allemagne est en déficit vis-à-vis de  la République Tchèque, de  la Slovaquie et de  la Hongrie. Pourtant, ces pays sont en retard économiquement, et ne produisent pas de matières premières. Ici, ce que nous  voyons,  c’est  le  processus  du  basculement  du Made  in  Germany vers  le Made  by Germany. L’Allemagne délocalise massivement la production des sous-ensembles industriels chez  ses  voisins  immédiats  de  l’Europe Centrale  et  ne  conserve  que  l’assemblage  final, vendant  alors  aux  autres pays des produits qui  incorporent  l’effet des productions  à  forte productivité mais bas coûts des sous-traitants.
Ainsi peut-on comprendre pourquoi  il n’est pas contradictoire de dire dans  la même phrase que  l’Allemagne  s’affirme  comme  exportatrice  de  biens  industriels  et  qu’elle  se désindustrialise. L’évolution des chiffres de l’emploi industriel en Allemagne confirme cette tendance d’une désindustrialisation du pays. Socialement, ceci a pour effet de  faire baisser relativement, mais  aussi  parfois  de  manière  absolue,  les  salaires  ouvriers et  employés. L’Allemagne va peut-être bien, mais sa population vit de plus en plus mal, à l’exception du 1%  le  plus  riche  qui,  à  une  échelle  moindre  qu’aux  Etats-Unis  mais  de  manière  plus importante qu’en France, accumule  toujours plus de richesse. Avec plus de 12% du revenu national, ce 1% le plus riche a même dépassé le niveau historique de la fin des années vingt et du  début  des  années  trente  et  se  rapproche  dangereusement  des  niveaux  qui  avaient  été atteints en 1936 et 1937 du temps du nazisme.
Il  est  donc  établi  que  la  politique  du  gouvernement  allemand  pose  aujourd’hui  un problème à  l’UE en raison du déséquilibre qu’elle  introduit au sein même de  l’Union. Une politique de « passager clandestin » n’est clairement pas acceptable. Les  travailleurs allemands ont  été  les premières victimes de  cette politique. Mais,  ils entraînent à leur suite les travailleurs des principaux pays européens. Il  faut  donc mettre  le  gouvernement  allemand  devant  le  choix  suivant  :  soit  nous appliquons unilatéralement des montants compensatoires d’environ 15% à  son égard soit il s’engage à augmenter rapidement les salaires (par le biais d’une hausse du salaire minima) de 10% et il procède de la sorte à une relance à l’échelle européenne.

Jacques SAPIR

Source.

mardi 12 octobre 2010

Le « non » à la guerre en Irak a coûté 4 milliards à la France

Dans un livre à paraître cette semaine, le journaliste Vincent Nouzille* raconte par le menu la manière dont 
 l’administration Bush a fait payer 5,5 milliards de dollars (4 milliard d’euros) à la France comme prix de sa « trahison » lors du déclenchement de la guerre en Irak en 2003.
Une somme lâchée sous pression par Jacques Chirac lors de la renégociation de la dette irakienne, alors qu’il l’avait initialement refusée. Un prix tenu quasiment secret et qui n’a fait
aucun débat en France
Rue89 publie les bonnes feuilles du livre « Dans le secret des présidents ».
La Maison Blanche demeure, en cette fin de 2003, très rancunière. George Bush souhaite même mettre la France à l’amende de manière sonnante et trébuchante. Car l’Irak coûte 70 milliards de dollars [50 milliards d’euros, ndlr] par an au budget américain.
Washington ne veut pas être seul à supporter le coût des opérations militaires et de la reconstruction. Paris devrait partager le fardeau, ne serait-ce que pour compenser son refus d’envoyer des troupes aux côtés des GI’s.
Durant quelques mois, la Maison Blanche va mener une intense campagne de pression sur l’Elysée afin d’obtenir un chèque de Paris. Le plus surprenant, c’est que Jacques Chirac finira par y céder, piétinant ses propres principes, mais sans le crier sur les toits de peur d’être critiqué pour un geste qui coûtera plusieurs milliards d’euros à la France…
Les coulisses de cette victoire de Bush, passée inaperçue, révèlent la force du rouleau compresseur américain. Le président des Etats-Unis commence son harcèlement à l’automne 2003. […]
Les principaux créanciers de Saddam Hussein
A défaut d’obtenir une grosse rallonge financière directe, la Maison Blanche revient à la charge sur un autre dossier économique sensible : celui de la dette irakienne, accumulée depuis des années par le régime de Saddam Hussein. Le montant des impayés, qui correspond à des achats militaires ou civils de la dictature, atteint plus de 120 milliards de dollars, en tenant compte des arriérés d’intérêts.  
Les principaux créanciers de l’Irak sont le Japon, la Russie, la France et l’Allemagne.
Coïncidence ou non, ces trois derniers pays se sont opposés à l’offensive américaine. La Maison Blanche voit donc un double avantage à obtenir un abandon de créances en faveur de Bagdad : cela permettrait à l’Irak « nouveau » de repartir sur des bases économiques plus saines, sans ce lourd fardeau à rembourser ; et il y aurait un petit parfum de revanche à faire assumer cet effacement de dettes par des pays si peu coopératifs !
[…] Lorsque [l’émissaire américain, ancien secrétaire d’Etat, ndlr] James Baker rencontre Jacques Chirac, le mardi 16 décembre 2003, la position française est plutôt prudente. La France ne souhaite pas faire de cadeau particulier à l’Irak. […] [Baker obtient ensuite de Chirac que la réduction de la dette irakienne soit d’environ 50%, ce qui représente déjà un effort énorme, ndlr.]
George Bush ne se contente pas de la réduction de moitié de la dette irakienne. Il veut obtenir davantage. En mars 2004, à l’occasion d’un coup de téléphone à Jacques Chirac, […] le président américain demande à son homologue français d’« examiner avec la plus grande attention » la lettre qu’il va lui envoyer au sujet de la dette irakienne. 
La position des Etats-Unis se dévoile rapidement : ils réclament une annulation de 95% de la dette irakienne, autrement dit un effacement quasi-complet de l’ardoise !
Le coup de pouce du FMI à la Maison Blanche
[…] Au fil des semaines, 
les négociateurs américains gagnent du terrain. Ils obtiennent des promesses d’appui de leurs « bons » alliés, comme le Royaume-Uni, le Canada, l’Italie et le Japon. Le Fonds monétaire international (FMI) apporte un peu d’eau à leur moulin, estimant qu’une annulation de 70% à 80% serait nécessaire pour que l’Irak puisse tourner la page du passé.
Ce chiffrage du FMI suscite des doutes à Paris.Une autre étude de la Banque mondiale et de l’ONU, publiée à l’automne 2003, évoquait plutôt un besoin d’annulation à hauteur de 33%. Du coup, les exigences de la Maison Blanche sont jugées totalement excessives.
Dans une note au Président Chirac, avant le dîner qui doit avoir lieu à l’Elysée, le 5 juin 2004, en l’honneur de George Bush venu commémorer le D-Day, ses conseillers estiment que la requête américaine serait « coûteuse pour la France », qui est le troisième créancier de l’Irak, avec 6 milliards de dollars d’impayés. Surtout, selon eux, elle pose fondamentalement des « problèmes de principe » :
« Nous ne pouvons pas moralement accorder à l’Irak, un pays potentiellement riche, peu peuplé et qui dispose des deuxièmes réserves de pétrole du monde, des annulations comparables à celles dont bénéficient les pays les plus pauvres et les plus endettés de la planète (80% à 90%).
Alors qu’en termes d’effort, nous allons déjà faire en six mois [pour l’Irak] ce que nous avons mis plus de dix ans à faire [pour les 37 pays éligibles au plan d’aide exceptionnel de pays pauvres, appelé PPTE]. »
Bref, il n’est pas question d’aller au-delà des 50% promis à James Baker ! Ce cadeau est déjà disproportionné comparé aux autres pays.
Les conseillers recommandent à Jacques Chirac de tenir bon devant Bush. […]
La discussion s’achève sur un constat de désaccord. […] Pourtant, soumis aux charges répétées de Washington et de ses alliés, l’Elysée va craquer. « La pression américaine était énorme »
La dernière session de négociations se déroule à Bercy durant trois journées complètes, en novembre 2004. L’ambiance est à couper au couteau. […]
« La pression américaine était énorme. Je n’ai jamais vécu une négociation aussi unilatérale que celle-là », témoigne Jean-Pierre Jouyet, qui présidait les séances.
Au bout de trois jours, le front des créanciers se fissure. Jean-Pierre Jouyet poursuit :
« J’ai appelé Maurice Gourdault-Montagne (le conseiller diplomatique de l’Elysée, ndlr), qui était avec le Président Chirac à un Conseil européen, et je lui ai décrit la situation : les Allemands venaient de lâcher subitement, sans concertation préalable, probablement pour se faire bien voir des Américains. J’ai donc expliqué que nous pouvions continuer de tenir tête, mais que nous étions seuls. Gourdault-Montagne m’a répondu qu’il allait en parler au Président Chirac.
Il m’a ensuite rappelé pour me dire que le Président avait décidé de ne plus s’opposer au consensus. J’ai donc appliqué ces instructions de l’Elysée.
Nous n’aurions sans doute pas pu récupérer grand-chose de nos créances, mais je ne suis pas sorti très content de cette négociation, c’est le moins que l’on puisse dire. »
Curieusement, Nicolas Sarkozy, qui s’apprête à quitter ses fonctions de ministre de l’Economie et des Finances pour la présidence de l’UMP, n’intervient pas dans cette discussion, qui concerne pourtant l’argent de l’Etat. Il laisse son directeur du Trésor, Jean-Pierre Jouyet, en prise directe avec l’Elysée.
Les consignes de Chirac conduisent à la conclusion d’un accord portant sur une annulation, par étapes, de 80% de la dette irakienne, soit un effacement total de plus de 30 milliards de dollars pour la vingtaine de pays créanciers concernés : c’est exactement ce que l’Elysée jugeait inacceptable quelques mois auparavant !
L’accord est officialisé par le Club de Paris le 21 novembre 2004, à quelques semaines des premières élections en Irak.
« Nous ne l’avons pas fait pour Bush, mais pour les Irakiens. C’était d’ailleurs le tarif à payer par tous les créanciers », plaide Jean-David Levitte, qui a suivi le dossier comme ambassadeur à Washington.
Le cadeau fait à Bush
D’autres acteurs ont une interprétation différente de ce retournement français. Alors que George Bush vient juste d’être réélu pour un second mandat, Jacques Chirac a décidé, comme le chancelier allemand Schröder, cette concession majeure afin de se rabibocher avec la Maison Blanche.
Devant une délégation de sénateurs américains, qu’il recevra le 31 janvier 2005 à l’Elysée, le président de la République confirmera ouvertement avoir cédé à la pression américaine : « A la demande des Etats-Unis, notamment suite à un appel téléphonique du président Bush, la France a accepté d’annuler la quasi-totalité de la dette irakienne », dira-t-il.
Pour éviter une polémique sur ce « cadeau fait à Bush », l’Elysée ne se vantera pas publiquement de son reniement et se gardera de toute communication trop visible sur cette annulation de créances, accordée sans que la France bénéficie, en retour, d’une véritable contrepartie économique.
Le ministère des Affaires étrangères se contentera, à la fin de 2005, d’un discret communiqué annonçant que la France et l’Irak ont signé un accord bilatéral relatif au traitement de la dette irakienne dans le cadre de la mise en œuvre des accords du Club de Paris. Un joli habillage pour une décision hors normes.
Les conseillers de l’Elysée reconnaissent d’ailleurs qu’il s’agit d’une largesse française particulièrement onéreuse. Préparant, au début de 2005, des entretiens de Jacques Chirac avec George Bush et sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, ils listent les initiatives prises par l’Elysée pour prouver ses bonnes intentions diplomatiques à l’égard de Washington sur l’Irak. On peut y lire notamment :
« Présidente du Club de Paris, la France a fait aboutir une solution audacieuse, généreuse et exceptionnelle du problème de la dette (80% en trois étapes). Cet allègement signifie pour nous une annulation de créances de 5,5 milliards de dollars. »
5,5 milliards de dollars ! Il s’agit d’un chèque colossal, puisqu’il représente plus de 4 milliards d’euros, soit dix fois le coût annuel des forces françaises en Afghanistan. Ou 80 fois l’annulation de la dette consentie à Haïti après le tremblement de terre de janvier 2010…
Bush a bien réussi à faire payer Chirac.
Très cher.
*Vincent Nouzille, « Dans le secret des présidents », éd. Fayard/Les Liens qui Libèrent, parution 13 octobre 2010, 583 pages, 24,50 euros.

Source.